NOMBRIL SONGS
Journal d'un jeune homme qui traîne son quart de siècle au coeur d'une cité millénaire en écoutant à travers les membranes élastiques de son nombril les mélodies sans fin d'une musique sans nom.
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Nombril Songs
We Are Free Posté par le Nombriliste
le 02 Mars 2010

Les immeubles s'écroulent derrière moi. La terre tremble sous mes pas. Nous sommes à l'âge ingrat où les actes commencent à avoir des conséquences, où les mots peuvent avoir un poids insoutenable. Nous sommes des bombes en puissance plongées dans une perpétuelle Guerre Froide. Je me rappelle les moqueries de mes proches lorsque j'ai construit un abris atomique pour me protéger, je ne sais toujours pas si j'ai eu raison, mais je me souviens lui avoir donné un nom : liberté.

J'avance pas à pas dans les décombres et les gravas. Une fumée noire me pénètre les poumons, bien plus nocives que celle de mon tabac américain. Une cigarette se consume entre mes doigts et la poussière des débris m'encombre la vue. Alors j'avance aveuglément en faisant un pas à droite, un pas gauche, souvent le pas de trop. C'est un mouvement de balancier, une hésitation perpétuelle entre deux états. J'ai vécu l'amour éternel et unique avec toi. Et j'ai continué à baiser tous les hommes et toutes les femmes du monde. Ce n'est pas un acte de bourgeoisie ni de romantisme 69. C'est peut-être de la lâcheté. L'important est de voir où cela nous a conduits. Tu sais, la liberté est un vaste désert, c'est une cellule de prison aux barreaux translucides. La recherche de la liberté est en soi une aliénation. Mais je suis heureuse d'en avoir fait le choix.

Tout faire, tout entendre, tout lire, tout vivre, tout écrire. Il y a cet âge vers lequel je tends et que je ne veux pas assumer. Il y a cet autre âge que je n'ai plus depuis bientôt dix ans et que je refuse de quitter.

La cité est en ruine, mais, à défaut d'être saine, je suis sauve. A l'abri dans mon bunker, je n'ai subit aucune blessure. Mon esprit est indemne, mon corps est intact. Et dire que mes proches ont ri lorsque j'ai élaboré mon blindage. Ou peut-être étaient-ils simplement effrayés. J'avance seule, mais libre. La liberté n'est pas innée, elle s'acquiert en renonçant petit à petit à chacune des aliénations qui composent notre vie. C'est un travail sur soi pénible, une succession d'épreuves douloureuses et chagrines.

Je pense à Christopher McCandless. A Alexander Supertramp. Et je souris.

Ne t'en fais pas trop,

A.J.

Cette lettre contient les derniers mots qu'Antonia Jane m'ait destinés. Je la publie parce que ma propre prose ne parvient plus à exprimer clairement le désordre de mon esprit.

Get Well Soon - We Are Free (Vexations, 2010)
 
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